Interview de l’Ambassadrice à la Radio catholique

Retrouvez ici le lien vers l’interview de l’Ambassadrice à la Radio catholique et sa traduction française :

https://www.katolikusradio.hu/archivum.php?firstaudioid=12&mev=2020&mho=09&mnap=12&mora=12&mperc=30

PA :
Je suis Pascale Andreani, Ambassadeur de France. Vive la Hongrie !

NP :
Chers auditeurs ! Pascale Andreani aurait pu devenir pianiste, et jeune, elle a failli de venir étudier à l’Académie de musique de Budapest. Finalement, elle a choisi la carrière diplomatique.
Elle a une carrière riche dans la diplomatie : à Paris, elle a obtenu des diplômes de l’administration et du droit, et presque tout de suite, elle est arrivée à l’ONU à New York. Elle a travaillé entre autres pour Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, et a été conseillère des affaires européennes de Jacques Chirac. Pour elle, l’Europe est une affaire de cœur et maintenant, elle est très contente d’avoir pu venir en Hongrie. Comme vous allez entendre, elle ne le dit pas uniquement par politesse. Elle cherche les liens qui relient les deux nations. Elle voudrait guérir la rancœur historique qui s’est formée dans les Hongrois ainsi que réparer et rendre plus juste l’image des Hongrois en France. Mais elle ne va pas parler que de ces sujets : nous allons discuter avec Pascale Andreani, ambassadrice de la France accréditée à Budapest, de la musique, de la littérature et des films.
Je vous salue également au nom de mon collègue responsable de la musique, Tamás Cs. Nagy. Je m’appelle Nóra Pozsgai.

PA :
En fait, j’ai voulu très tôt devenir diplomate parce que la vie internationale m’intéressait beaucoup. C’est pour cela que je me suis inscrite à la fameuse ENA, Ecole nationale d’administration, car je voulais devenir diplomate. J’avais de la chance d’avoir pu passer mon stage au sein des institutions européennes, à Bruxelles. Là-bas, je suis vraiment tombée amoureuse des affaires européennes. A ce moment-là, je me suis dit que je voulais m’occuper des affaires internationales et européennes. Et me voilà, ma carrière principalement européenne se termine dans un pays très important, dans un pays qui se situe au cœur de l’Europe. Et à mon avis ce n’est pas seulement au niveau géographique.

NP :
Cela fait du bien l’entendre, mais en tant que spectateurs hongrois nous trouvons que nous sommes quelque peu à la périphérie. Même, la presse française de grand public nous accorde une mauvaise réputation. Est-ce que vous êtes d’accord ? Et est-ce que vous pouvez y changer quelque chose ?

PA :
Vous notez un fait que j’ai également remarqué. Vous avez également raison sur le point où la France est plutôt tournée vers les relations avec la région méditerranéenne pour des raisons largement historiques. Il est évident que nous n’étions jamais si proches du pays de l’Est que par exemple l’Allemagne. Mais permettez-moi deux remarques :
Premièrement sur l’image de la Hongrie : je crois que cette situation s’explique par le fait que nous comprenons mal la Hongrie et nous la connaissons peu. Avant de venir à Budapest, j’ai discuté avec beaucoup de personnes y compris des journalistes. J’ai lu ce qu’on écrivait en France sur la Hongrie et j’ai été stupéfaite de voir à quel point ils la connaissent mal. Par exemple : avant les dernières élections européennes, j’ai lu les suivants dans la presse, je cite : « un pays antieuropéen comme la Hongrie ». Alors, comme si les Hongrois étaient anti-européens.
Ça me faisait bouillir car les sondages démontrent que 70 % des Hongrois veulent rester membres de l’UE. La Hongrie est un pays pleinement européen et le Premier ministre hongrois imagine également le futur au sein de l’Union européenne. Quand il a des difficultés, il n’hésite pas à se présenter devant le Parlement européen et expliquer son point de vue. Alors, cette incompréhension m’a choquée. Et j’espère que je peux un peu changer ça.
Et ce que je peux y faire ? Le pouvoir qu’a un ambassadeur n’est pas très grand. Notre rôle est d’informer nos gouvernements de ce qui se passe dans le pays où nous sommes. Et dans la mesure du possible, faire comprendre ce qui se passe ici, de rectifier la mauvaise image et d’expliquer, d’expliquer, d’expliquer.

PN :
Et sur ce point, nous pouvons bien mentionner votre série d’articles que nous pouvons lire sur le site de l’ambassade dans la rubrique Le mot de l’ambassadrice. Les écrits sont très amusants et captivants présentant les preuves les plus intéressantes des liens historiques et culturels de la relation franco-hongroise.

PA :
C’était ma première idée en arrivant en Hongrie. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de proximité géographique et historique étroite entre la France et la Hongrie, mais malgré cela de profondes relations se sont nouées entre nous. Et c’est à ce moment-là que j’ai pensé : l’ambassade a un site d’internet et tout le monde est présent en ligne aujourd’hui, il faut en profiter et présenter ces liens de longue date entre nos deux pays. J’ai trouvé des liens dans tous les domaines et je vous renvoie à la rubrique du Mot de l’Ambassadrice.
Il y a des aspects historiques, très anciens. Une histoire me revient à l’esprit à ce propos de Louis XIV qui avait envoyé des contingents français à la bataille de Szentgotthárd pour venir à l’aide des Hongrois. Mais nombreux sont aussi les liens culturels : il suffit de penser à tous ces peintres et écrivains hongrois qui sont venus à Paris à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. J’ai également trouvé un nombre surprenant de liens dans la musique. Liszt est probablement le compositeur hongrois le plus connu en France. Ce que j’ignorais avant et que j’ai appris ici en Hongrie, est que le grand compositeur français, Berlioz entretenait une amitié étroite avec Liszt. J’ai découvert ainsi beaucoup de choses intéressantes en rédigeant ces mots. Je voulais montrer qu’il y a plusieurs domaines dans lesquels nos deux pays sont plus proches l’un de l’autre que nous ne l’aurions pensé.
Les Hongrois me disent toujours leur admiration de la langue et de la culture françaises. Mais cette admiration vaut pour les Français aussi : de nombreux Français vivant en Hongrie apprécient énormément la culture hongroise. Quant à moi, je suis passionnée par les langues, j’essaie donc d’apprendre le hongrois depuis que je me suis installée dans le pays. C’est une langue extrêmement belle et très particulière. Elle ne ressemble à aucune langue, surtout pas au français. Je pense que je n’ai pas besoin de vous expliquer ceci. Mais c’est non seulement pour le plaisir que j’apprends le hongrois, mais aussi parce que j’aimerais suivre la presse hongroise dans la langue originale. Je voudrais comprendre les Hongrois directement, et pas toujours par le biais des traductions et de l’interprétation. La littérature classique hongroise est impressionnante, et beaucoup louent en particulier la poésie hongroise. Et la poésie, il vaut mieux la lire en version originale. En résumé, d’un côté, nous sommes beaucoup plus proches que l’on penserait, mais d’un autre côté, il y a encore du travail à faire pour faire comprendre aux gens ce qui se passe ici et qui sont vraiment les Hongrois.

PN :
Attardons-nous un instant sur le Mot de l’Ambassadrice. Votre initiative a beaucoup touché mon cœur hongrois francophile car, admettons-le, il y a bien des Hongrois qui nourrissent un certain ressentiment historique à l’égard des Français. Et nous, Hongrois, nous trouvons souvent que les Français veulent nous faire la leçon.

PA :
Ce n’est pas seulement les Hongrois qui le sentent.

PN :
Avec ces mots, il semblerait que vous essayiez de guérir cette rancœur dans notre relation. Vous avez préparé, par exemple, un exposé sur « le père de l’Europe » Robert Schuman, qui, comme on l’a découvert, a suivi de près le sort de la Hongrie et s’est même rendu en Hongrie, et qui n’était pas d’accord avec le Traité de Trianon. Ensuite, vous avez raconté l’histoire de Gustave Eiffel qui a dessiné notre belle gare de l’Ouest. Mais, comme on le découvre, pas seulement cela. Puis, vous rendez compte avec étonnement de l’existence de mots hongrois d’origine française, que vous introduisez en plus en hongrois. Lisez-vous le texte hongrois, ou bien vous l’apprenez par cœur ?

PA :
Parfois je le lis, parfois je l’apprends. Il n’y a pas de règle. Je suis très contente des réactions car je vois à travers ces retours que mon but a été accompli avec ces articles de la rubrique du Mot de l’ambassadrice. Je n’ai pas mentionné tout à l’heure, mais je voudrais partager ici une de mes découvertes préférées, lorsque Louis XIV a envoyé à l’époque un espion industriel en Hongrie pour essayer d’apprendre le savoir-faire de la préparation du cuir car à l’époque, les Hongrois étaient les meilleurs dans ce métier. Je raconte toujours cette histoire parce que vous m’avez dit tout à l’heure que les Français aimaient faire la leçon aux autres. Mais cette petite histoire révèle que nous aussi, avons beaucoup appris et apprenons toujours de vous.
Ce n’est pas seulement vrai dans le contexte des relations franco-hongroises. C’est bien ça qui rend l’Europe formidable. En réalité tout le monde apprend de tout le monde au sein de l’Union européenne. C’est cela la richesse de l’Europe, la diversité. Je dirais que ce sont nos différences – entre Français et Hongrois par exemple – qui font l’Europe. L’avenir de l’Europe est dessiné par la France et la Hongrie, par
M. Macron et M. Orbán, et par les autres pays membres. Nous avons nos différences, mais nous construisons notre avenir ensemble. Et si nous ne parvenons pas à trouver des points d’accord, nous ne ferons pas avancer le projet européen. On voit bien qu’aujourd’hui aucun pays ne peut se débrouiller tout seul. La France, toute seule, ne pèse pas autant sur la scène internationale. Et j’ose dire que cela vaut pour la Hongrie aussi. Mais si nous sommes tous ensemble, maintenant à 27, nous pouvons nous représenter et nous existerons sur la scène internationale.

PN :
Vous avez fait référence à la relation entre les deux dirigeants. M. Macron, a-t-il prévu de se rendre en Hongrie ?

PA :
Il a dit que c’était son intention. M. Macron a déjeuné à Paris avec le Premier ministre Viktor Orbán en octobre dernier. Les deux ont beaucoup apprécié et par la suite, le Président Macron a déclaré qu’il voulait effectuer une visite en Hongrie. Oui, mais quand ? Beaucoup de choses ont été reportées à cause de l’épidémie. Ce qui est sûr, c’est que la France va assurer la présidence tournante de l’Union européenne au cours du premier semestre de 2020, et lors de sa présidence, comme il est de coutume, le Président voudrait visiter tous les pays membres. Pour l’instant il n’y a rien de concret, mais nous verrons bien. Tout de même, je voudrais souligner que les deux dirigeants sont en contact régulier : ils échangent régulièrement par téléphone, et n’oublions pas non plus qu’ils se rencontrent de manière fréquente car le Conseil de l’Europe se réunit au moins tous les trois mois, et comme les deux s’entendent bien ils échangent également lors de ces sessions.

PN :
Mme Andreani, nous abordons les sujets plus personnels dans la deuxième partie de notre interview. Les auditeurs ont pu constater que vous parlez avec enthousiasme de votre travail. Mais qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites pendant votre temps libre ? Est-ce que vous avez un hobby ? Qu’est-ce qui vous intéresse ?

PA :
Comme j’ai déjà mentionné j’aime beaucoup la littérature et aussi la musique. J’ai mentionné Liszt ; j’ai une expérience personnelle. Quand j’étais petite fille, j’ai joué au piano. J’aime tant le piano. Mon professeur de piano m’a dit : « Vous ne devriez faire que ça ! Postulez à l’Académie de musique de Liszt de Budapest, car c’est un endroit fantastique. C’est là-bas que nous pouvons vraiment apprendre à jouer au piano à un haut niveau ». Finalement, je n’ai pas suivi son conseil. Vous savez comment ça marche. Mes parents m’ont demandé de terminer d’abord mes études. Alors cela me touche doublement d’être maintenant à Budapest.
D’une part, je suis contente à cause des affaires européennes et d’autre part parce que je pouvais être dans la ville où j’aurais pu étudier et vivre si le sort l’avait voulu ainsi si autrefois j’avais décidé autrement. J’aime être à Budapest, j’aime marcher dans la ville, j’aime me promener le long du Danube. Je vais souvent à des concerts. J’espère qu’après cette longue pause forcée, la vie pourra redémarrer ici. Alors, pendant mon temps libre, je joue de la musique et j’adore lire. Vous avez des écrivains remarquables. C’est ici par exemple que j’ai découvert Miklós Bánffy. J’ai beaucoup aimé sa Trilogie de la Transylvanie. Je pense qu’il faudrait en faire un film.

PN :
Est-ce qu’elle a été publiée en français ?

PA :
Bien sûr. Vous voyez, c’est encore quelque chose dont je dois m’occuper en tant qu’ambassadeur. Avec l’Institut français, nous devons rendre plus accessible la littérature de nos deux pays à nos concitoyens car cela aussi permet une meilleure compréhension. Sándor Márai est un écrivain connu et populaire en France ; beaucoup de ses livres ont été publiés en français. Miklós Bánffy existe également en français – c’ est intéressant, vous n’êtes pas la première qui pose cette question. La langue hongroise est difficile, donc sans une traduction française, je n’aurais pas pu lire le roman de Bánffy.

PN :
Revenons à la musique : dans le salon de la résidence, il y a un magnifique piano. Est-ce que vous jouez dessus ?

PA :
Oui, et c’est ici à Budapest que j’ai redécouvert le piano. J’ai pu recommencer à jouer. J’ai trouvé un professeur extraordinaire à l’Université de musique Ferenc Liszt qui a accepté de me donner des cours. Alors, je rejoue au piano. Et je ne savais même pas avant mon arrivée que l’ambassade a un piano si magnifique, et c’est une chance extraordinaire pour moi. C’est un instrument incroyable, un Pleyel ce qui était d’ailleurs la marque préférée de piano de Chopin.

PN :
Qui est votre compositeur préféré ? Est-ce Chopin ?

PA :
Non, je ne dirais pas Chopin. Il est très difficile d’en nommer un. D’abord j’ai beaucoup aimé Liszt. Mais je me sens également très proche de Beethoven. Et j’aime peut-être plus que tout les Impromptus de Schubert. Il y a un compositeur que j’ai découvert en Hongrie – c’est Bartók. Mon professeur de piano me fait jouer quelques-uns de ses morceaux pour enfants. Et actuellement j’apprends Este a székelyeknél, c’est une pièce magique. Savez-vous ce qui est fantastique ici ? Et non seulement en Hongrie mais en Europe centrale ? C’est que vous vivez avec la musique dès l’enfance. Tous les enfants hongrois connaissent Kodály, Bartók et les autres – les enfants français n’ont pas cette chance. Et cela vous donne une profonde culture musicale. Jeune, j’ai rêvé de la même chose, ainsi c’est encore quelque chose que j’admire en Hongrie.

PN :
Vous aimez aussi beaucoup le cinéma.

PA :
Je dois vraiment en parler car depuis que je suis adolescente, le cinéma est un de mes « hobby » préférés. Je vais beaucoup au cinéma et bien sûr j’ai découvert des films hongrois. Mon réalisateur hongrois préféré est István Szabó que j’ai connu avant mon arrivée. C’est un réalisateur fantastique. Ses films sont connus en France, surtout le Colonel Redl. Mais les autres également, ceux qu’il a tournés avant. Son dernier film est également merveilleux, Final Report, qui a été présenté juste avant la crise du coronavirus. Et j’ai une expérience personnelle magnifique avec István Szabó. J’ai toujours voulu participer à un tournage pour voir comment cela se passe. Et István Szabó m’a permis d’être présente pendant le tournage de quelques scènes.

PN :
Est-ce que vous figurez dans le film ?

PA :
Ah, non, je n’ai plus l’âge de devenir comédienne.

PN :
Ni en tant que figurant ?

PA :
Non. C’était des scènes en intérieur et il n’y avait pas besoin de figurant. Mais j’ai été très heureuse quand j’ai regardé l’œuvre complète et vu ces trois scènes au tournage desquelles j’avais assisté. Tout devient différent une fois qu’on a vu le tournage. C’était donc une grande découverte pour moi d’avoir pu personnellement rencontrer István Szabó. Il a un tel talent ! Par ailleurs, j’ai discuté avec lui de la Hongrie. Et j’ai appris beaucoup avec lui. Je voulais le dire car le cinéma a toujours été une de mes occupations préférées. Moi-même, je n’ai jamais fait de film, mais je suis une spectatrice enthousiaste. Et je vais toujours garder ma rencontre avec István Szabó comme un souvenir cher de mon séjour en Hongrie.

Dernière modification : 28/09/2020

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