Le mot de l’ambassadrice : France et Hongrie depuis toujours… [hu]

Viktor Madarász : un peintre au style trop français ?

Depuis toujours la France et la Hongrie ont de multiples liens, notamment dans le domaine culturel. C’est ainsi que Viktor Madarász est devenu un peintre français malgré lui.

Adulé par le poète et romancier Théophile Gautier, encensé par les critiques des beaux-arts et glorifié par la presse française, le peintre hongrois Viktor Madarász s’éteint pourtant dans l’oubli en 1917.

Né en Hongrie à Csetnek (actuelle Slovaquie, Štítnik) en 1830, il mène une brève carrière militaire avant de se consacrer à la peinture. Il choisit de s’exiler à Paris pour y parfaire son style. Ses scènes tragiques, empreintes d’une vision romantique de l’histoire, laissent découvrir des compositions au jeu de lumière fascinant, avec une finesse héritée de Léon Cogniet, son maître parisien. Il est remarqué dès le début des années 1860, Théophile Gautier écrivant alors, dans son Abécédaire du Salon, « Madarász a de l’originalité, et du premier coup il a su attirer les yeux, chose difficile, parmi cette foule de toiles sans caractère qui encombrent le Salon. »
On le voit dans Le Deuil de László, achevé en 1861, ci-dessous.

JPEG - 22.6 ko
Le Deuil de László Hunyadi, 1861

Jusqu’en 1869, le succès de Madarász est fulgurant, chaque toile exposée au Salon fait frémir les visiteurs par sa beauté lugubre et la profondeur des couleurs – Zrinyi et Frangepán avant leur exécution (1864), Mihaly Dobozi et son épouse (1864)… Chaque année Madarász présente un pan de l’histoire nationale hongroise et les journaux ne tarissent pas d’éloges à son sujet. « Ils se font les derniers adieux, et sur leurs traits mâles, éclairés d’une lumière frisante, se lit moins le regret de la vie que la douleur du sacrifice inutile. Ils mouraient joyeux si leur trépas rendait à la patrie les droits perdus. M. Madarász, dans cette scène, a su joindre à l’intérêt dramatique l’intérêt pittoresque. Le sujet ne lui a pas fait oublier l’art. », écrit-on dans Le Moniteur universel à propos de Zrinyi et Frangepán avant leur exécution.

JPEG - 40.7 ko
Zrinyi et Frangepán avant leur exécution, 1864

Pourtant, le contrecoup de cette gloire provient de l’essence même de la réussite du peintre. A son retour en Hongrie en 1870, Viktor Madarász ne plaît pas. Il est qualifié de trop romantique, et se voit vivement reprocher son style « trop français ». Un coup dur pour un homme qui s’évertue à peindre la Hongrie et porte haut le sentiment national ! Madarász se voit contraint d’abandonner la peinture pour tenter de survivre en reprenant la boutique de son père. Il revient malgré tout à ses pinceaux, bien plus tard, répondant à quelques commandes de portraits. Jamais plus la peinture ne le fera vivre. En France, son compatriote Munkácsy lui succède et le remplace comme nouveau génie hongrois de la peinture, lui-même suivi de Mihály Zichy, qui deviendra la nouvelle égérie de Théophile Gautier. Madarász, le peintre parisien, est déjà oublié.

Avec les années ses œuvres recouvrent tout leur prestige. Elles sont aujourd’hui encore exposées dans la Galerie Nationale Hongroise à Budapest où elles racontent l’histoire du pays et des héros de sa patrie.

Dernière modification : 11/02/2019

Haut de page