Le mot de l’ambassadrice : France et Hongrie depuis toujours… [hu]

Le voyage d’Hector Berlioz à Pest : musique et ferveur nationale

Lorsqu’il arrive la première fois à Pest, en 1846, après une croisière mouvementée, Hector Berlioz se laisse d’abord aller aux plaisirs de la capitale hongroise : « (…) je pris un bain, je bus deux verres de tokai et je dormis vingt heures » peut-on lire dans ses Mémoires. Il revient alors de Vienne, l’étape précédente de sa tournée centre-européenne. Plusieurs concerts sont prévus à Pest.

Reprenant un thème ouï au cours de ses pérégrinations danubiennes - le copier - coller ne date pas d’aujourd’hui - Berlioz présente à son auditoire de Pest une Marche de Rákóczi.

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Pages initiales de l’autographe de la première version de la Marche de Rákóczi de Berlioz

Le public accueille le concert avec frénésie. « (…) au moment où l’orchestre déchaîné dans une mêlée furieuse, lança son fortissimo si longtemps contenu, des cris, des trépignements inouïs ébranlèrent la salle ; la fureur concentrée de toutes ces âmes bouillonnantes fit explosion avec des accents qui me donnèrent le frisson de la terreur (…) je vois entrer à l’improviste dans mon réduit un homme misérablement vêtu, et le visage animé d’une façon étrange. En m’apercevant, il se jette sur moi, m’embrasse avec fureur, ses yeux se remplissent de larmes, c’est à peine s’il peut balbutier ces mots :(…) « Dans le cœur moi... je vous porte... Ah ! Français... révolutionnaire... savoir faire la musique des révolutions. » Je n’essayerai pas de dépeindre la terrible exaltation de cet homme, ses pleurs, ses grincements de dents ; c’était presque effrayant, c’était sublime ! »

Son voyage se déroule en effet en pleine ébullition nationaliste. Un banquet politique lui donne même l’occasion de rencontrer Ferenc Deák. « (…) vibrant encore de tant d’émotions diverses », le compositeur déclare sa flamme pour « cette ardente, chevaleresque et généreuse nation », dont la langue « n’est point défavorable à la musique ». Il emporte surtout sa fameuse Marche, qu’il insérera dans La Damnation de Faust.

Dernière modification : 02/05/2019

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