Le mot de l’ambassadrice : France et Hongrie depuis toujours… [hu]

La belle langue hongroise est réputée difficile à apprendre, notamment pour l’originalité de son vocabulaire, si bien que selon certaines estimations, seuls 7% des mots seraient d’origine étrangère. Quelle que soit la réalité de cet indicateur, il est incontestable que, comme toutes les autres langues, le hongrois est lui aussi en raison de son histoire imprégné par de multiples influences étrangères, et le français compte parmi celles-ci. Voici un bref tour d’horizon des mots français du hongrois.
Beaucoup de ces mots ont peu ou prou le même sens. Le registre de l’aménagement intérieur - qui se dit justement enteriőr en hongrois – de l’esthétique et l’apparat, en est particulièrement riche. C’est ainsi que l’on met des bizsu, enfile une blúz ou un neglizsé assis dans un fotel ou sur un kanapé entre une konzol ou une komód.
On trouve aussi des mots du registre politique et civique, comme la cocarde, kokárda, que l’on arbore depuis 1848 en signe de patriotisme et d’allégeance à la nation. De même, le mot kampány désigne une campagne électorale et l’on peut dire de quelqu’un qu’il est burzsoá, faisant référence à la définition marxiste du mot.
Comme en français, pour parler en hongrois d’une astuce ou d’une combine, on utilise très volontiers le vocable trükk. A Budapest ou à Szeged, on peut aussi traiter une personne que l’on ne tient pas (du tout) en estime de kretén.
Il y a ensuite des mots qui ont un peu vieilli ou sont d’un usage littéraire en français mais restent utilisés dans la vie de tous les jours en hongrois : c’est le cas du nécessaire de toilette, neszesszer, plus communément appelé chez nous trousse de toilette.
Directement issus de mots très courants en français, certains termes sont utilisés en hongrois uniquement dans un contexte précis : rúzs, pour le rouge à lèvre, ou kőr, cœur, qui désigne uniquement l’enseigne du jeu de cartes, ou encore randevú, souvent abrégé en randi, qui - attention ! - ne s’emploie que pour parler d’un rendez-vous amoureux. L’adjectif lezser désigne une attitude décontractée ou une tenue légère, au sens propre comme au sens figuré.
D’autres mots d’origine française ont un sens un peu plus nuancé. C’est ainsi qu’affér (« affaire ») fera référence à une mésaventure voire un différend avec quelqu’un.
On trouve une autre catégorie de mots, ceux qui ont subi une légère transformation par rapport au terme original français. Ainsi en va-t-il du substantif affektálás (l’affectation, les manières) qui a donné le verbe affektál, qui se traduit par minauder. De même, on peut utiliser le verbe karambolozik pour deux voitures qui entrent en collision car un carambolage se dit tout simplement karambol. Une tapisserie murale se dit gobelin, du nom de la fameuse manufacture royale à Paris.
Par ailleurs, certains mots d’origine latine ressemblent au français mais n’ont pas vraiment la même signification : si le médecin établit dans son diagnostic que vous êtes « enervált  », il ne pense pas que vous êtes énervé mais que vous présentez les symptômes d’un grand épuisement moral.
Enfin, dans certains cas, l’origine française du mot semble de prime abord plus mystérieuse : si pomme-de-terre se dit burgonya, c’est parce que ce tubercule a entre autres lieux d’implantation transité par la Bourgogne avant son introduction en Europe centrale. Dans le même esprit, un lit à deux places se dit franciaágy, littéralement : lit français.
Qui a dit que le hongrois était difficile ?

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Dernière modification : 12/09/2019

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