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Le « vase de la guerre » : les Français à la bataille de Saint-Gothard (1664)

En 1664, à Saint-Gothard, un contingent français envoyé par le roi Louis XIV joua un rôle décisif dans la première grande victoire contre l’occupation ottomane. Cette victoire commune fut célébrée en France par un vase en pierre réalisé par les meilleurs artistes et placé au cœur du parc de Versailles.

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Le « vase de la guerre », par Le Brun et Coysevox, château de Versailles (© photographie Réunion des musées nationaux)

Depuis la bataille de Mohács en 1526, une grande partie de la Hongrie était occupée par l’empire Ottoman. Face à la redoutable armée ottomane, la bataille de Saint-Gothard, en 1664, a constitué la première grande victoire de l’Europe chrétienne sur le théâtre d’opération hongrois.

En 1658, l’invasion de la Transylvanie par l’armée ottomane poussa l’empereur Léopold Ier, sous la pression de la Diète hongroise, à intervenir militairement. Mais les premiers combats furent défavorables aux Impériaux, Vienne était menacée et en 1664 l’empereur appela à l’aide les princes d’Empire et la France.

Le roi de France Louis XIV, bien qu’ennemi traditionnel des Habsbourg, décida d’envoyer un important contingent, qui allait permettre aux troupes impériales d’affronter enfin l’armée ottomane et d’arrêter la marche des Turcs vers Vienne en bloquant la traversée de la rivière Rába. Sur les 25 000 soldats de l’armée chrétienne, qui devait affronter 100 000 Ottomans, 6 000 étaient français.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les Ottomans réussirent à construire un pont de fortune et à traverser la Rába au niveau du village de Szentgotthárd. Mais le contingent français, chargé de l’aile gauche, renversa la situation en lançant un assaut qui força les Ottomans à reculer. Le pont s’écroula sous la masse des fuyards, dont beaucoup furent noyés.

Selon certains observateurs, cette retentissante victoire aurait pu provoquer la reconquête immédiate de la grande plaine hongroise, qui n’eut lieu que vingt ans plus tard, à la suite de l’échec ottoman devant Vienne. L’empereur Léopold décida en effet de signer, dès le 10 août 1664, à Vasvár, un traité de paix jugé par beaucoup très favorable aux Ottomans, provoquant la colère tant du corps expéditionnaire français que des magnats hongrois – dont certains tentèrent de déposer Léopold de son titre de roi de Hongrie, et envisagèrent, comme le rapporte l’historien Jean Bérenger, de nommer un Français à sa place.

En France, Louis XIV fit ériger en 1683, devant son nouveau palais à Versailles, un « vase de la guerre » rappelant, au premier rang des hauts faits des armées françaises, leur contribution à la victoire de Saint-Gothard. Le roi confia la réalisation de ce vase en pierre, haut de 2,33 mètres, à son meilleur sculpteur, Coysevox, sur un dessin du premier peintre du roi, Charles Le Brun. Il domine aujourd’hui encore les jardins de Versailles, en contrebas de la galerie des Glaces et du pavillon de la guerre.

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Le « vase de la guerre », par Le Brun et Coysevox, château de Versailles (© photographie Réunion des musées nationaux)

Dernière modification : 06/03/2020

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