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Le poète hongrois Attila József et la France

Attila József est l’un des poètes hongrois les plus connus. Ses poèmes témoignent d’une vision tragique et mélancolique de la vie. On le rapproche parfois de Nerval, Baudelaire et Rimbaud.

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Il naît le 11 avril 1905 à Budapest de deux parents ouvriers. Très tôt il est envoyé dans une famille d’accueil à la suite de l’abandon par son père et de la maladie de sa mère. De 7 à 14 ans, il retourne chez sa mère et travaille pour subvenir à leurs besoins. Ce n’est qu’après le décès de cette dernière que son beau-frère prendra en charge son éducation, permettant à Attila József de débuter ses études de littérature hongroise et française à l’Université Franz Joseph. Il voulait d’abord devenir professeur, mais ses poèmes provocateurs sont jugés inadéquats avec cette profession, notamment, son poème le plus connu : Cœur pur (cf. ci-joint).

Il décide après son diplôme de voyager. Malgré les maigres ressources dont il dispose, à Vienne dans un premier temps puis à Paris en 1926 où il commence à étudier à la Sorbonne. Il s’intéresse aux écrits de Marx, Lénine et Hegel. Attila József se heurte très tôt à la difficulté de la langue : le vocabulaire qu’il a appris à l’école ne lui suffit pas pour se faire comprendre à Paris. Il tente donc d’apprendre le français d’une manière plus qu’originale, puisqu’il décide de lire le dictionnaire français afin de comprendre la nuance de tous les mots. Le quartier Latin et Montparnasse resteront ses points de repère durant son séjour, il fréquentera les différents cafés parisiens et ira explorer les bouquinistes en bord de Seine. Durant cette période, il devient membre de l’Union anarchiste-communiste à Paris.

Cependant, son manque de moyens l’oblige à retourner dans son pays natal. Il y exerce diverses activités ; en 1929 il travaille un temps à l’Institut hongrois pour le commerce extérieur en tant que correspondant français, mais il quittera rapidement ce poste à cause d’une dépression.

Durant son séjour à Paris, il s’est beaucoup intéressé à François Villon qu’il introduira plus tard en Hongrie, en faisant des traductions de certaines des œuvres, notamment La Ballade. Son attrait pour ce poète français de la fin du Moyen Âge, souvent considéré comme un rebelle, ne semble pas dû au hasard. En effet, de retour à Budapest, son intérêt pour la classe ouvrière s’accroît, à tel point qu’il rejoint en 1930 le parti communiste hongrois, encore clandestin à l’époque. Deux de ses ouvrages traitent de ces sujets : « Faites sauter le capital » (Döntsd a tökét) en 1931, qui a été confisqué par le procureur général et « Littérature et socialisme » (Irodalom és szocializmus) qui lui a coûté une inculpation. Il ne restera dans le parti communiste que jusqu’en 1936, date à laquelle il en est exclu car il s’intéressait de trop près à Freud.

Le poète trouve la mort le 3 décembre 1937 à Balatonszárszó, où se trouvent un mémorial, ainsi qu’un musée, dans la maison où il a vécu ses dernières semaines. Sa mort reste un mystère pour beaucoup. Certains considèrent que Attila József, fauché par un train, se serait en fait suicidé, après de nombreuses tentatives, comme il l’avait prédit dans son premier poème écrit à 17 ans « Részeg a sineken » (un Homme ivre sur le rail). Pour d’autres c’était un accident.

Attila József est connu tant pour son histoire personnelle que pour la façon dont il a réussi à la retracer dans ses poèmes. Il a vécu dans la pauvreté la majeure partie de sa vie, comme beaucoup d’autres durant cette période d’entre deux-guerres. Son année passée en France comme étudiant démuni a formé son engagement politique qu’il a ensuite affirmé en Hongrie. S’il n’a pas écrit de poème directement en français, nombre d’entre eux ont été traduits par la suite. Néanmoins, la reconnaissance ne lui est véritablement venue qu’après sa mort. Il a reçu le prix Kossuth à titre post-mortem en 1948.

Vous pouvez également écouter la belle chanson du chanteur belge Dick Annegarn à son sujet : https://www.youtube.com/watch?v=tf9JlqudeAI

Tiszta szívvel (Hungarian)

Nincsen apám, se anyám,
se istenem, se hazám,
se bölcsőm, se szemfedőm,
se csókom, se szeretőm.

Harmadnapja nem eszek,
se sokat, se keveset.
Húsz esztendőm hatalom,
húsz esztendőm eladom.

Hogyha nem kell senkinek,
hát az ördög veszi meg.
Tiszta szívvel betörök,
ha kell, embert is ölök.

Elfognak és felkötnek,
áldott földdel elfödnek
s halált hozó fű terem
gyönyörűszép szívemen.

Cœur pur

Je n’ai ni père ni mère,
Rien que je rêve ou j’espère.
Je n’ai ni Dieu ni patrie,
Berceau, cercueil, tendre amie.

De trois repas, pas un repas :
Oui, ce qui s’appelle pas.
Ma puissance, c’est vingt ans :
Ma puissance, je la vends.

Et pour peu que nul n’en veuille,
Que le diable, lui, l’accueille !
Je volerai, l’âme pure,
Et tuerai, je vous assure.

Mais qu’on m’arrête et me pende
Et qu’à la terre on me rende,
Maléfique et sûre, une herbe
Sourdra de mon cœur superbe.
Tedd a kezed… (Hungarian)

Tedd a kezed
homlokomra,
mintha kezed
kezem volna.

úgy őrizz, mint
ki gyilkolna,
mintha éltem
élted volna.

úgy szeress, mint
ha jó volna,
mintha szívem
szíved volna.

1928. máj.-jún
Là sur mon front…

Là sur mon front
pose ta main
comme si ta main
était ma main.

Serre-moi fort
comme à la mort
comme si ma vie
était ta vie.

Et aime-moi
comme à bonheur
comme si mon cœur
était ton cœur.

Mai-juin 1928
traduits du hongrois par Francis Combes

Dernière modification : 21/09/2021

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