Les sections bilingues

En Hongrie, la connaissance des langues et cultures étrangères est une valeur reconnue dans la société. C’est aussi une nécessité pour un pays linguistiquement isolé au centre de l’Europe, rattaché par sa langue à la famille des langues finno-ougriennes. Cette famille linguistique se divise en deux branches, l’une où se retrouvent le Finnois, le Lapon et l’Estonien, l’autre branche rassemblant le Hongrois, le Vogoul et l’Ostiak. On comprend aisément, au vu de la diffusion de ces langues, qu’il est important pour le pays de s’ouvrir vers d’autres cultures.

Longtemps le latin fut utilisé en Hongrie, tant dans la société que dans l’enseignement, jusqu’au milieu du XIXème siècle. C’est à cette époque qu’apparaît l’enseignement du français dans le pays, plus particulièrement parmi les congrégations catholiques.

Après une longue traversée du désert en matière d’enseignement des langues étrangères, en 1985, sous le régime socialiste, une loi autorise l’introduction de l’enseignement bilingue, dans une volonté d’ouverture aux autres pays de la zone. En 1987, deux sections bilingues francophones sont fondées : Mohács, disparue depuis, et le lycée Kölcsey Ferenc de Budapest. La formation de niveau lycée s’étend alors sur cinq années en intégrant une année « zéro. » Cette année permet aux élèves d’apprendre la langue cible en suivant jusqu’à 20 heures de cours de français par semaine pendant 38 à 40 semaines. Cette année achevée, débutent alors les études secondaires à proprement parler, qui durent 4 années pour conduire à un baccalauréat bilingue. La Hongrie compte aujourd’hui 10 sections bilingues, situées à Budapest (deux sections dont l’une professionnelle), Szeged, Pécs, Debrecen, Veszprém, Aszód, Pasztó et Miskolc (qui compte également deux sections, dont une professionnelle).

Le choix de n’implanter les sections bilingues qu’en lycée induisait de fait une « année zéro. » Celle-ci assure aux établissements une sélection des meilleurs candidats. Il s’agit en effet, pour accéder à la filière bilingue, de passer un concours d’entrée où seuls un tiers des candidats seront élus. Un seul établissement sur le territoire hongrois, celui de Szeged, recrute des élèves ayant déjà appris le français.

On peut également noter le choix de l’implantation historique des sections dans des petites villes de province ainsi que l’obligation d’avoir un enseignant natif dans ces établissements.
Ces éléments donnent un éclairage particulier sur la stratégie qui sous-tendait l’installation de sections bilingues en Hongrie à partir de 1985. Celles-ci étaient destinées à opérer une très claire conversion du système éducatif en y introduisant un niveau de sélection, c’est-à-dire une forte particularisation, premiers éléments tangibles de mutation du système annonçant l’effritement du système politique mis en place depuis la seconde guerre mondiale.

La forte attraction pour ces formules avant les années 90 s’explique d’elle-même au regard des changements historico-politiques : ouverture vers les autres pays, sélectivité accrue, classes dédoublées, trois heures par semaine de décharge horaire pour les enseignants et des formations pilotes attractives à l’époque.

A partir du début des années 90, avec l’explosion du bloc soviétique, les sections bilingues se retrouvent livrées à elles-mêmes dans un paysage de fortes privatisations, d’économie de marché et de concurrence, face à la floraison des établissements privés et confessionnels où s’ouvrent le plus souvent des enseignements du français. La gestion administrative, financière et pédagogique des sections bilingues est confiée aux chefs d’établissements qui doivent composer avec cette nouvelle donne.

En 2011/2012 on dénombre 1207 élèves en sections bilingues francophones sur un total estimé de 25 000 apprenants de français dans le secondaire (sources du MEN hongrois). Les dix sections bilingues ont peu de difficultés à recruter et les candidats sont généralement nombreux à présenter le concours d’entrée (environ deux tiers sont refusés en moyenne). La notoriété des études bilingues n’est plus à faire et, comme indiqué en préambule, l’apprentissage des langues étrangères reste une valeur dans la Hongrie actuelle.
Les sections bilingues francophones du pays se portent bien, à l’exception de la section professionnelle de Miskolc qui n’ouvre plus son concours d’entrée.

Dans un système où l’accès aux meilleures universités est déterminé par les résultats au baccalauréat auxquels s’ajoutent diverses plus-values (classement au concours général, examens de langue, etc.), les filières bilingues font office de filières d’excellence. Il n’est pas certain que les élèves poursuivent des études de français mais grâce au français ils pourront accéder aux formations qu’ils convoitent.

http://lefildubilingue.org

Dernière modification : 24/07/2012

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