Mot de l’Ambassadeur (14 février 2017) [hu]

Le compositeur Pascal Dusapin à Budapest

On fêtera en mars les vingt-cinq ans de la création au Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles de « Medeamaterial », opéra de Pascal Dusapin sur un texte de Heiner Müller, le poète allemand mort en 1995. Il fallait de l’audace à l’époque pour demander à un orchestre baroque de jouer, sous la baguette de Philippe Herreweghe, un opéra aussi novateur que celui-là. Mais, comme le bon vin, la musique se bonifie avec le temps.

Et c’est pourquoi il ne fallait pas rater la rencontre organisée le 13 février au Budapest Music Centre par le grand compositeur hongrois francophone Péter Eötvös avec Pascal Dusapin. Là, devant un parterre de jeunes musiciens et apprentis compositeurs du monde entier, le compositeur français a détaillé avec passion le contexte de sa création, de ses créations. Tout le monde connaît la tragédie de Médée, la magicienne de Colchide qui aida Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’or. Tragédie de la femme abandonnée, bafouée, qui incarne la vengeance. Dusapin nous expliqua comment la cruauté, la sauvagerie de la guerre entre les peuples balkaniques, autour de Sarajevo, le perturba au point de l’inciter à revisiter le mythe et à se le réapproprier. Il aurait pu évoquer la guerre qui opposa à la même époque, sur la terre même de la Colchide, les Abkhazes et les Géorgiens.

C’est cela, la force de l’œuvre classique : permettre une réinterprétation pour mieux souligner les tragédies contemporaines. Le texte de Heiner Müller sera à nouveau revisité à Strasbourg du 29 avril au 14 mai prochains, dans une mise en scène d’Anatoli Vassiliev, du Théâtre de Moscou. En attendant, nous pourrons méditer les propos de Pascal Dusapin, qui concluait le 13 février son séminaire de cinq jours à Budapest par ces mots prophétiques : « Être vigilant pour un artiste, c’est savoir pointer le moment tragique. »

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Dernière modification : 14/02/2017

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