Mot de l’Ambassadeur (2 octobre 2017) [hu]

L’Initiative européenne du Président Macron

La France a souvent pris des initiatives pour faire avancer la construction de l’Europe. Depuis son élection, le Président a beaucoup consulté, notamment les dirigeants des institutions de l’UE et ses partenaires européens (il en a rencontré 22). Mais ce que vient de faire, à la Sorbonne, le Président de la République, dépasse largement les initiatives antérieures. Et voici pourquoi.

1. C’est une vision à presque 10 ans que le Président a proposé, pour répondre au scepticisme, au rejet de l’Europe par certaines franges de nos sociétés. Pour changer en profondeur l’Europe et répondre aux grands défis – sécurité / terrorisme, migrations, développement, changement climatique, révolution numérique, régulation de la mondialisation, il fallait en effet de l’audace. Ces initiatives ont un caractère concret, ouvert, et elles s’ouvriront, grâce au processus des conventions démocratique, à des suggestions populaires. Ce travail doit aboutir à une feuille de route à l’été 2018, et nourrir notamment le débat des élections européennes du printemps 2019.

2. L’idée consiste à proposer des objectifs, pas de s’échiner à perfectionner les instruments. Un changement de traité n’est pas un projet, ce n’est qu’un outil, et celui-ci doit au total être soumis à une ambition politique. Si certaines avancées nécessitent un changement de traité, la France y est ouverte. Ce n’est ni un totem, ni un tabou. Le travail qui s’engage, thème par thème, déterminera les évolutions nécessaires pour atteindre les objectifs fixés : nouvelle législation, accord ad hoc, coopération renforcée, changement de traité, etc.

3. En 2024, le Parlement européen élu en 2019 achèvera sa mandature, comme la Commission européenne : ce mandat doit être un temps essentiel pour la mise en œuvre de cette refondation européenne.

4. L’Europe de la défense est encore en construction. Cette année, des avancées majeures ont été réalisées avec la proposition par la Commission européenne d’un Fonds européen de défense (qui permettra de mutualiser des financements pour la recherche et les équipements) et le lancement probable d’ici la fin 2017 d’une Coopération structurée permanente, qui traduit une ambition commune (en matière de dépenses, d’investissement, de missions extérieures…).

5. Nous avons besoin d’une politique agricole européenne. La France souhaite un renouvellement profond de la PAC, et elle réfléchira à sa réforme en liaison étroite avec la Hongrie, qui partage toutes, ou presque toutes nos positions en matière d’agriculture. Nous devons engager les discussions sur une nouvelle PAC, qui doit viser un double objectif : (i) faire vivre les agriculteurs de leurs revenus en les protégeant face aux aléas et aux grandes crises ; (ii) les aider à évoluer vers une agriculture plus écologique et responsable.

6. Renforcer la zone euro est un élément clé de notre souveraineté. Pour cela, il faut la doter d’une stratégie économique d’ensemble, reposant sur des réformes structurelles, une meilleure coordination des politiques économiques et un budget commun pour (i) favoriser la convergence, par l’investissement ; (ii) assurer la stabilisation face aux chocs économiques.

7. Ce budget commun réclame un pilotage économique fort d’où l’idée d’un ministre européen et un contrôle démocratique.

8. L’éducation n’a pas été oubliée : le Président de la République a proposé de mettre en réseau des universités européennes de différents pays pour proposer un parcours européen aux étudiants : (i) changer de pays et d’université chaque année, au sein du réseau, en suivant un cursus commun ; (ii) suivre des cours dans deux langues au moins ; (iii) au sein de ces cursus, développer des innovations pédagogiques. Il faudrait viser d’ici le début des années 2020 environ 20 universités européennes.

9. Si l’on considère que, face aux grands défis du moment (innovation, numérique, asile et immigration, sécurité alimentaire…), nous avons besoin de régulations efficaces, le bon échelon pour exercer cette régulation est le niveau européen dans ces domaines clés.

10. La France est très attachée à l’unité européenne, le Président en a fait un axe central de son discours de la Sorbonne. Je le rappelle d’autant plus pour les lecteurs hongrois de ce « Mot » que la presse locale, comme je l’ai lu trop souvent, s’acharne à voir de fumeux projets de division du groupe de Visegrad, alors qu’il ne saurait être question de diviser, mais tout au contraire, de réunir. Cela n’empêche pas de rappeler que l’Europe a toujours progressé par l’ambition motrice de quelques-uns, rejoints par leurs partenaires. Ce n’est pas en cherchant le plus petit dénominateur commun que l’Europe avance, mais en progressant avec ceux qui le veulent, en restant ouverts aux autres et en préservant le socle commun.

11. Quant à l’élargissement, autre sujet de spéculation, rappelons qu’il ne concerne que les pays des Balkans occidentaux. Des négociations ont été ouvertes avec le Monténégro et la Serbie ; le statut de pays candidat a été reconnu à l’Albanie et à l’Ancienne république yougoslave de Macédoine. On en est là. Il a été reconnu à ces pays depuis 2000 « une perspective européenne ». Cela constitue un puissant facteur de réformes et de stabilisation dans la région. Il faudra donc, le moment venu et en fonction des progrès réalisés par chaque Etat concerné, concrétiser cet engagement. Cela sera possible si l’UE se réforme et reste attrayante.

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Emmanuel Macron, Président de la République française

Dernière modification : 02/10/2017

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