Mot de l’Ambassadeur (20 juin 2018)

Une pensée pour les réfugiés, en ce vingt juin

L’écrivain Mohsin Hamid est devenu célèbre dès la publication de son premier roman How to get filthy rich in rising Asia, publié en français chez Grasset (Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante ? trad. de Bernard Cohen, Paris, Éditions Grasset, coll. « Littérature Étrangère », 2014). Voilà qu’il arrive en Hongrie grâce à son dernier livre, publié en hongrois, et pas n’importe quand : le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies a en effet choisi (quelle bonne idée !) de promouvoir cet ouvrage, Exit West, le jour même de la « Journée internationale des Réfugiés ».

Se penchant lui aussi sur la question des réfugiés, devenue centrale dans le débat européen, le responsable de la revue Nunc, Réginald Gaillard, écrit ceci dans la dernière livraison de cette excellente publication trimestrielle : « Les mots sont innocents ; non l’usage que nous en faisons. Il est étrange que ces dernières années, ce malgré l’actualité tragique des déplacements de population, l’on n’emploie plus guère le mot « exil » que dans cette association malheureuse : « exil fiscal ». Afin de désigner les personnes qui ont fui leur pays d’origine, pour telle ou telle raison, qu’elle soit la guerre ou les conditions économiques, le mot « migrants » s’est imposé, non seulement dans les médias dits populaires, mais aussi dans le discours de certains sociologues. » Face au flou de ce concept de migrations, l’auteur de Exit West choisit de raconter avec humour la geste de deux jeunes qui cherchent un nouveau toit pour vivre et aimer. Et leur voyage devient bouleversant. Cela donne à penser, tout comme les mots du poète Mahmoud Darwich qu’on retrouve en feuilletant «  Comme des fleurs d’amandier ou plus loin », paru chez Actes Sud en 2007 : « Ni patrie ni exil que les mots ».

Chaque jour de l’année 2017, 44 500 personnes ont été déplacées de force ou par les effets de la peur ou de la faim, ce qui donne un total de 16,2 millions pour la seule année passée. Ils n’ont pas toujours les mots pour le dire, mais cet « Exit West » rend parfaitement compte de ce qu’ont vécu ces hommes.

Heureux ceux qui ont une maison, heureux ceux qui ne connaissent pas l’exil.

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Dernière modification : 20/06/2018

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