Mot de l’Ambassadeur (20 mars 2018) [hu]

Ecrire, observer, dire la vérité

Les Soviétiques ont inventé deux ou trois choses qui continuent d’obséder les consciences : le goulag, des substances chimiques mystérieuses et redoutables dont on trouve encore la trace dans des pubs britanniques, et la « Journée de la femme ».

Ces jours-ci, une certaine publicité a été donnée à la « Journée du sommeil ». Même chose pour la poésie, célébrée jusqu’à la fin de ce mois, avec un thème porteur cette année : « l’ardeur ».

Quoi de mieux par conséquent, pour cristalliser tous ces engagements à porter haut toutes ces mythologies modernes, que de rechercher un vers, un seul, capable de restituer nos angoisses ?

Il pourrait se nicher dans un texte de Marie-Claire Bancquart, au titre bouleversant : « La paix saignée » (éd. Obsidiane, 2004). Et ce vers est le suivant :

« On est dans un hiver du sens »


Par ailleurs, comme l’Institut français de Budapest accueille cette semaine l’auteur du roman « Les vacances » (éd. P.O.L., 2017), j’ai lu ce livre assez épais dans lequel un personnage profère cette phrase qui me nargue et m’agace un peu depuis plusieurs jours : « la diplomatie, c’est observer et mentir ».

« Observer », cela ne fait aucun doute. La même règle d’observation prévaut depuis l’antiquité, qui permet de fixer un point invisible, un peu comme on employait de l’encre invisible dans les chancelleries d’autrefois, point où se rassemble le réel, reflet du chaos et de l’imaginaire. Mais « mentir » ?? Il semble au contraire urgent de dire la vérité, d’énoncer l’engagement politique pris en faveur de certaines valeurs. Par exemple, comme le rappelait cette semaine l’écrivain Tahar Ben Jelloun dans une émission littéraire : on ne peut pas être à la fois candidat à l’entrée dans l’Union européenne et condamner un écrivain à la prison à perpétuité. Ou encore, on peut difficilement s’afficher démocrate si l’on ferme les yeux sur l’assassinat d’un journaliste et de sa compagne, sans rien dire, sans protester. Ce serait donc plutôt le contraire du mensonge, l’art de la diplomatie. Certains gouvernements s’honoreraient à défendre la liberté de la presse, du moins une presse qui ne « mentirait pas », et nous pourrions considérer, à rebours du personnage inventé par Julie Wolkenstein dans « Les vacances », que la diplomatie, c’est observer, et sortir de l’hiver du sens.

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Dernière modification : 20/03/2018

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