Mot de l’Ambassadeur (8 janvier 2018) [hu]

Quelque chose de noir

« Chaque homme porte au fond de lui un bout d’enfer », pense Artiom Gorianov, l’un des personnages de l’Archipel des Solovki, l’un des romans les plus forts de l’auteur russe Zakhar Prilepine.

C’est ce qu’on se dit également en achevant la lecture de l’un des derniers chefs d’œuvre de la littérature hongroise, qui fait un malheur en France dans l’excellente traduction de Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba : Comme des rats morts, et ce n’est là que le premier roman de Benedek Totth…. Autant dire que l’écrivain a de l’avenir, contrairement à la jeunesse totalement déjantée dont il fait le portrait avec une vitesse d’exécution incroyable. Son style peut faire penser à celui de Virginie Despentes, qui explore elle aussi, notamment dans ses romans Vernon Subutex, les limites de l’obscène, les effets de la toxicomanie et la violence sous toutes ses formes.

Avec les mille véhicules brûlés en France à l’occasion de la Saint-Sylvestre, puis les agressions brutales (oui c’est une tautologie mais là, c’était vraiment brutal) contre des policiers à Champigny-sur-Marne, l’année 2018 commence donc sous les projecteurs conjugués de ces deux auteurs qui ne dissimulent rien des évolutions impitoyables de nos sociétés. Paris Match, l’hebdomadaire français, écrivait en novembre dernier à propos du roman « policier » (à cause de sa publication dans la collection « Actes noirs » chez Actes Sud) de Totth : « un roman sombre, saignant ».

Je vous souhaite une année un peu moins sombre que ça, avec des bons livres de chevet pour imaginer la vie autrement, mais aussi plein de bonnes résolutions pour la changer, cette vie.

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Dernière modification : 08/01/2018

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